Le classement des séries... places 10 à 12

Le classement des séries, c'est parti ! Découvrez aujourd'hui les places 10 à 12.
Places 17 à 20 à lire ici.
Places 13 à 16 à lire ici.

Place 12 - The Killing (US), saison 1
Statut : En cours de production
La Chronique Comme « Twin Peaks » en son temps, modèle incontestable du genre, The Killing narre l'enquête sur le meurtre d'une adolescente dans la ville de Seattle, à travers trois points de vue : celui des flics, de la famille et des politiciens de la ville à l'aube d'une campagne importante. Ce qui frappe d'abord, c'est la simplicité avec laquelle cette histoire sordide est racontée. Et c'est, je crois, cet extrême réalisme qui la rend encore plus horrible et curieusement fascinante. Tous les personnages semblent exister et j'ai été sincèrement impressionné par les prestations des acteurs, en particulier celle des parents de Rosie, dont une Michelle Forbes sans maquillage, à mille lieues de sa composition pour True Blood, dont les larmes et les cris déchirants m'ont fait frissonner. Les enquêteurs, eux, sont loin des stéréotypes que l'on nous sert depuis tant d'années dans tous les cop-shows à la mode. L'inspectrice Sarah Linden (interprétée par Mireille Enos, que l'on peut considérer comme la révélation télé de l'année), plus ou moins considérée comme l'héroïne, est d'un naturel désarmant. C'est vrai qu'elle n'est pas très souriante mais ça ne l'empêche pas d'inspirer la sympathie. Elle est réelle parce qu'elle n'est pas infaillible. Ce que l'on entrevoit de sa vie de femme ne fait que le confirmer : elle n'est pas une super-maman et une super-épouse. En gros: elle est comme vous et moi et elle ne triche pas. Son collègue a des méthodes bien différentes et il est franchement flippant par moment, mais aussi cynique et donc amusant à ses heures perdues. Le duo trouve un juste équilibre au fil des épisodes. La partie politique de la série est la moins passionnante car elle la plus déconnectée de l'histoire principale (en apparence du moins). Elle a tendance à faire tomber le niveau général, qui est pourtant excellent. L'atmosphère continuellement pluvieuse de The Killing contribue grandement à son aspect dépressif. C'était prendre un véritable risque que de miser là-dessus. Ca aurait tout aussi bien pu être repoussant. Les musiques, elles aussi, ne sont pas des plus joyeuses. Mais elles soulignent efficacement les nombreuses émotions que nous fait traverser les épisodes.
The Killing, dont le mérite doit avant tout revenir aux créateurs originaux de la série danoise, possède autant de facettes que de personnages. Tragique, mystérieuse, fascinante, émouvante et déprimante, elle est une expérience télévisuelle à elle toute seule, lenteur comprise. Le dernier épisode de la saison a engendré une polémique inattendue à laquelle je n'ai pas du tout adhéré mais je suis certain que les détracteurs de la série seront les premiers à se jeter sur la saison 2.
Lulla - 

Place 11 - Boardwalk Empire, saison 1
Statut : En cours de production
La Chronique Je ne suis traditionnellement pas amateur des grandes frasques historiques. Mais Boardwalk Empire est différente à bien des égards des séries historiques que l’on a vu fleurir sur les chaînes câblées américaines ces dernières années. La série ne se concentre pas sur un personnage, une famille ou une intrigue particulière comme c’est bien souvent le cas. Elle traite finalement plus d’une époque que d’un thème. De part le prisme d’Atlantic City et de la Prohibition, Boardwalk Empire dépeint en réalité le portrait de l’Amérique de la période post-guerre mondiale au travers de l’ensemble des thèmes de société chers à cette période: pouvoir, politique, argent, mœurs, sexe, mafia, féminisme et même racisme.
Descriptive (et parfois rébarbative, j’en conviens) dans ses premiers épisodes, Boardwalk Empire parvient assez rapidement à développer de vrais intrigues, un vrai suspens et une vraie tension. L’ambition de la série, couvrir l’ensemble des sujets de l’époque dans le but de nous offrir le panorama le plus complet de cette décennie assez méconnue, est telle qu’il fut été impossible de créer un suspens haletant dès les premiers épisodes. Pas à ce niveau d’exigence.
Boardwalk Empire impressionne. Mais justement pas là ou on l’attendait. Vendue comme la série de tous les superlatifs, la série se relève visuellement bluffante mais finalement assez sobre. La véritable prouesse est, encore une fois, à chercher du côté de la richesse de ses intrigues. Contrairement à ce que beaucoup de détracteurs ont pu affirmer, la série ne s’enferme pas dans la contemplationmais développe de vrais arcs narratifs, le tout sublimé par une réalisation sans égal, des décors fantastiques, une documentation riche et minutieuse et un casting magistral.
La genèse d’Atlantic City est ainsi racontée à travers les yeux de Nucky Thompson, magistralement interprétée par Steve Buscemi, perfide et manipulateur homme de pouvoir d’Atlantic City. Si Buscemi crève littéralement l’écran, les personnages secondaires, principalement Michael Pitt et Kelly MacDonald, n’ont franchement rien à lui envier. Boardwalk Empire est donc une vraie découverte que je conseille même à ceux qui, comme moi, ne sont pas des traditionnels aficionados des séries du genre.
François

Place 10 - Justified, saison 2
Statut : En cours de production
La Chronique Simple coup de cœur de la saison passée, séduisant par son côté western anachronique, Justified en a surpris plus d’un cette année. La série a fini par trouver sa voie, ce qui lui a permis dès lors de pleinement exploiter l’énorme potentiel qu’elle couvait en saison 1. Là où elle effectue son principal progrès par rapport à sa saison précédente, c’est dans son choix d’enfin embrasser totalement sa partie feuilletonnante. La série avait prouvé qu’elle avait les moyens de gérer un fil-rouge sur la longueur, lui accorder une plus grande place ne pouvait lui être que bénéfique. Disparus donc les sympathiques mais oubliables stand-alone des débuts, c’est désormais une intrigue d’envergure, mêlant jeu de pouvoir et querelles de familles, qui nous tient en haleine pendant 13 épisodes. On se délecte alors de la voir peu à peu embarquer chaque personnage à mesure de son évolution, les alliances des uns se faisant et se défaisant avec ingéniosité pour mieux arranger celles des autres. Bref, c’est à une intense partie d’échecs sur fond de cambrousse américaine qu’on assiste.
Nul doute néanmoins que les choses n’auraient pas été aussi captivantes si Justified n’avait pas pu compter sur l’éblouissant guest-cast qu’elle s’est dégotée pour camper l’infernale famille au coeur de l’intrigue, les Bennett. Pour incarner les dangereusement crétins fils Bennett, Jeremy Davies et Brad Williams Henke se sont ainsi véritablement dépassés, particulièrement le premier qui se retrouve dans un rôle à mille lieux du scientifique torturé de Lost qu’il était. Mais la plus impressionnante reste bien entendu la génialissime Margo Martindale, absolument bluffante en Mags Bennett, matriarche du clan. Ah, Mags Bennett, ne vous fiez pas à ses airs de Martine Aubry au saut du lit, c’est une femme tout bonnement terrifiante, on ne le dira jamais assez. Une incroyable arc-villain qui restera dans les annales pour l’immense complexité apportée au personnage par Martindale. Mais là où Justified tient son génie, c’est qu’elle parvient à rendre ces brutes épaisses sans foi ni loi attachantes. Au fond, Dickie et Coover ne sont donc que des adulescents sans repères, en manque d’affection et Mags, une mère brisée qui ne cherche qu’à veiller sur son territoire. Et aussi bestiaux et cruels qu’ils peuvent se montrer, on finit alors par les comprendre.
Pas aussi marquante que la grande Martindale, la jeune Katlyn Denver n’en n’a pas moins été également une excellente bonne surprise cette saison. Pour une aussi jeune actrice, la performance force le respect. Elle incarne Loretta, une orpheline écorchée et la fille qu’a toujours rêvé d’avoir Mags. C’est elle qui devient la vraie clé de l’intrigue en se retrouvant piégée au milieu des multiples magouilles des Bennets. Une lourde tâche très bien accomplie par Denver qui donne à la fillette la profondeur et l’émotion nécessaire, notamment quand sonne pour elle l’heure de la revanche.
Face à ces nouveaux acteurs de talent, les récurrents de la saison passée n’ont pas non plus démérité, loin de là. Walton Goggins en tête. Il parvient toujours à donner à Boyd Crowder l’ambigüité et le flegme qui font sa force. Le personnage n’a pas connu une saison de tout repos mais que ce soit sa descente aux enfers ou la renaissance du personnage avec son retour au banditisme, tout a toujours été finement mené. Cela a même donné de quoi faire à l’impétueuse Ava qu’on a donc eu la bonne idée de rapprocher de Boyd plutôt que de la laisser compliquer davantage la relation de Raylan et Winona. La tumultueuse histoire du couple, bien que moins palpitante que celle des Bennett, a en tout cas fourni une belle occasion aux personnages de renforcer leur alchimie. Le temps d’antenne de la charmante Natalie Zea a en conséquence aussi été allongé, permettant de mieux connaître son personnage après être un peu passé à côté la saison dernière. Les marshals en revanche, et ce serait peut-être mon seul reproche à la série, n’ont pas eu cette chance. A l’exception du patron Art, bien sûr, qui s’est même illustré en excellent ressort comique. Mais je serais à la place des acteurs jouant Rachel et Tim, je me demanderais si mon nom a vraiment sa place au générique. Un nouveau genre d’emploi fictif il faut croire…
Bien sûr, je l’ai à peine mentionné jusque-là, mais la série ne serait rien sans Raylan Givens, véritable pilier du show, interprété par Timothy Olyphant avec une nonchalance toujours aussi classe et un charisme crevant l’écran. Je le reconnais, à l’époque de son passage douteux dans Damages, j’étais le premier à dénigrer l’acteur mais force est de constater qu’il s’est grandement amélioré et que ce fantastique rôle de cow-boy du XXIe siècle était taillé pour lui. Le personnage est cependant loin d’être un héros sans failles et le grand mérite de la série est justement de creuser ses défauts. C’est d’ailleurs dans les instants où Raylan se retrouve le plus vulnérable, comme dans le magnifique épisode Reckoning qui le voit affronter le deuil d’un parent, qu’il se révèle le plus touchant. La prestation toujours toute en nuance et étonnamment sobre et naturelle d’Olyphant contribue de fait beaucoup à l’émotion. La série fait également de Raylan un excellent trait d’union entre les différents personnages, garantissant une vraie cohésion et n’éclipsant jamais ses partenaires. Son duo de frenemies avec Boyd est même l’un des plus savoureux de la série. N’oublions pas non plus ses face-à-face avec les Bennett et plus spécialement Mags, toujours grisants et bien sûr la tendre relation paternelle qu’il noue avec la pauvre Loretta.
Il y aurait évidemment encore beaucoup à dire sur cette deuxième saison, sa finesse d’écriture, sa réalisation soignée nous immergeant parfaitement dans un far-west contemporain, ses scènes de confrontations particulièrement longues mais toujours des plus intenses. Ce qu’il faut en tout cas retenir de Justified cette saison, c’est un récit éprouvant, impeccablement maîtrisé d’un bout à l’autre, nous faisant trembler même pour les personnages les plus vils. Un récit qui lui permet une fracassante entrée dans la cour des grands.
Shoone -
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